Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité

26 février 2026

Ce rapport propose un état des lieux des discriminations liées à l'origine vécues par les jeunes. Il dresse un constat préoccupant sur l'ensemble des parcours de vie - école, enseignement supérieur, logement, emploi, santé, loisirs, relations avec les forces de l'ordre - et formule des recommandations ambitieuses pour mettre fin à ces atteintes aux droits fondamentaux.

Un phénomène massif et croissant qui touche l'ensemble des sphères de vie

Les jeunes, et en particulier les jeunes immigrés, descendants d'immigrés ou originaires des outre-mer, sont exposés à des discriminations fondées sur l'origine dans tous les domaines de la vie sociale. Un quart d'entre eux déclarent avoir vécu une discrimination liée à la couleur de peau, à l'origine ou à la nationalité au cours des cinq dernières années. Ces discriminations reposent sur des préjugés et stéréotypes qui assignent aux personnes une origine étrangère - réelle ou supposée - à partir de leur apparence physique, de leur prénom, de leur accent ou de leur lieu de résidence.

La tendance est à la hausse : selon le baromètre international 2025 « Diversité et inclusion dans les organisations », 18 % des salariés français déclarent avoir été pénalisés en raison de leurs origines, contre 12 % en moyenne en Europe, soit un écart de 6 points par rapport à l'édition précédente. Les jeunes, en raison de leur surexposition aux processus de sélection (accès à la formation, premier emploi, logement), constituent le groupe le plus concerné.

Des discriminations cumulatives qui jalonnent l'ensemble du parcours des jeunes

Ce rapport met évidence les conséquences concrètes des discriminations sur le parcours de vie de ces jeunes : surexposition au chômage, à la précarité sociale, à de mauvaises conditions de logement, des relations dégradées avec les forces de l’ordre, à un état de santé plus fragile, à un accès réduit à la culture et aux loisirs etc.

Le rapport examine sept domaines où ces discriminations se manifestent de façon documentée et systémique :

  • Éducation et scolarité : harcèlement discriminatoire, biais dans les orientations et affectations, ségrégation scolaire et scolarisation adaptée pénalisant davantage les élèves issus de milieux populaires.
  • Enseignement supérieur : discriminations à l'entrée des formations, difficultés pendant les études et lors de l'insertion post-diplôme.
  • Logement : refus de candidatures, pratiques discriminatoires à chaque étape de la location, cumul avec les discriminations liées au lieu de résidence.
  • Parcours de soins : inégalités d'accès aux soins et de prise en charge selon l'origine réelle ou supposée.
  • Autres biens et services : loisirs, activités sportives, accès à la culture et aux services numériques.
  • Insertion et parcours professionnels : discriminations dès la recherche de stage, à l'embauche, dans la carrière (rémunération, promotion, licenciement) et dans les nouvelles formes de travail précaire.
  • Relations police/jeunes : contrôles d'identité discriminatoires, multi-verbalisation et inégalités d'accès au service public policier.

Le rapport met en évidence que les discriminations ne se réduisent pas à des comportements intentionnels isolés. Elles sont aussi le produit de règles et de processus institutionnels qui paraissent neutres mais produisent des effets différenciés selon l'origine. Le rapport souligne la dimension systémique du phénomène - visible notamment dans la ségrégation scolaire, la sélection algorithmique dans l'accès aux formations ou les pratiques des bailleurs sociaux - et sur ses effets cumulatifs tout au long de la trajectoire des jeunes.

Des droits difficiles à faire valoir

Le rapport alerte sur un non-recours très important : les victimes, notamment les plus jeunes, renoncent souvent à signaler les discriminations qu'elles subissent par méconnaissance de leurs droits ou des démarches, crainte des représailles ou sentiment d'inutilité de la démarche. Le Défenseur des droits appelle à faciliter et sécuriser les voies de recours pour les jeunes victimes, et à renforcer leur information sur les dispositifs existants.

Un enjeu démocratique incontournable

Le Défenseur des droits rappelle que les discriminations liées à l'origine constituent non seulement une atteinte aux droits fondamentaux des individus, mais aussi un frein à la cohésion sociale. Laisser une partie de la jeunesse confrontée à ces discriminations, sans réponse institutionnelle à la hauteur, compromet la promesse républicaine d'égalité.

Faire de la lutte contre les discriminations une priorité politique est indispensable pour restaurer la confiance, ouvrir l’horizon des possibles et garantir à chaque jeune une participation pleine et entière à la vie sociale, économique et citoyenne.

Principales recommandations

Le rapport formule des recommandations organisées autour de trois axes principaux :

  • Mieux mesurer, signaler et reconnaître les discriminations (testing, statistiques ethniques sous contrôle, formation des professionnels).
  • Déployer une politique publique intégrée et interministérielle de lutte contre les discriminations, articulée avec les politiques jeunesses et le Plan national de lutte contre le racisme et la discrimination (Prado).
  • Assurer l'effectivité des droits : faciliter les recours, renforcer les dispositifs de signalement des discriminations dans les structures publiques et privées.

Parmi ces propositions, le Défenseur des droits met en avant deux recommandations concrètes :

  • Garantir la non-discrimination dans l’accès aux stages ou à l’alternance par la double responsabilité des employeurs et de l’institution scolaire ou universitaire et assurer un accompagnement individuel pour l’obtention d’un stage ou d’apprentissage ;
  • Mettre en place un dispositif d’évaluation de la pratique des contrôles d’identité, assurer leur traçabilité et supprimer le terme « indésirables » de tout logiciel ou document de la police nationale. »

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