Étude sur les trajectoires et expériences professionnelles des descendants d’immigrés diplômés du supérieur
10 février 2026
Mardi 10 février 2026, le Défenseur des droits publie une étude sur les trajectoires et expériences professionnelles de descendants d’immigrés diplômés de l’enseignement supérieur, qui met en évidence des situations de déclassement professionnel, mais aussi de discriminations, racisme et sexisme ressentis à différents moments de leur parcours. Intitulée « Trajectoires et expériences professionnelles des descendants d'immigrés diplômés du supérieur selon le genre et l'origine. Approche par méthodes mixtes. », cette étude a été conduite par les chercheuses Yaël Brinbaum (LISE–CNRS-Cnam) et Ingrid Tucci (LEST–CNRS-Aix-Marseille-Université).
L’étude a été réalisée à partir de l’exploitation des données de l’enquête Trajectoires et Origines (TeO2) réalisée en 2019-2020 par l’Ined et l’Insee, et d’une post-enquête qualitative menée auprès de 38 personnes descendantes d'immigrés du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Asie du Sud-Est et de Turquie, toutes diplômées du supérieur (Bac+2 minimum).
Orientation et diplômes du supérieur : des disparités selon le genre et l’origine
L’étude montre que l’accès aux diplômes du supérieur varie beaucoup selon l’origine et le genre. Les hommes descendants d’immigrés sont moins souvent diplômés que ceux de la population majoritaire, en particulier les descendants d’Algérie. Les femmes, quelle que soit leur origine, sont plus diplômées que les hommes, mais restent moins souvent diplômées du supérieur que les femmes sans ascendance migratoire. Ces écarts s’expliquent en partie par une origine sociale en moyenne moins favorisée (personnes plus souvent issues de familles monoactives, plus rarement enfants de cadres…).
Des parcours professionnels plus souvent discontinus en particulier pour les femmes
L’étude met en évidence des inégalités de trajectoires professionnelles, en particulier parmi les femmes diplômées : à niveau de diplôme équivalent, les descendantes d’immigrés subsahariens, marocains et tunisiens connaissent plus fréquemment des parcours discontinus que les femmes sans ascendance migratoire. Ces parcours sont plus souvent marqués par des périodes de chômage et des changements fréquents d’emplois.
En revanche, les hommes descendants d’immigrés ont une trajectoire d’insertion professionnelle similaire à celle des hommes sans ascendance migratoire, à l’exception des descendants d’immigrés de Turquie/Moyen-Orient qui connaissent des trajectoires plus souvent discontinues.
Des expériences de déclassement objectives et/ou ressenties
Les expériences de déclassement professionnel sont fréquentes. Certains diplômés occupent ainsi des emplois en dessous de leur niveau de qualification : c’est le cas d’un homme descendant d’immigrés d’Afrique subsaharienne sur deux, contre un peu plus d’un tiers de la population majoritaire. Seuls les descendants d’immigrés d’Asie du Sud-Est sont significativement moins souvent déclassés que la population majoritaire. Les femmes descendantes d’immigrés sont également plus souvent déclassées que la population majoritaire, quelle que soit leur origine migratoire.
Le déclassement est aussi ressenti subjectivement, en particulier par les descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne et les descendantes d’immigrés algériens, qui se sentent plus souvent embauchés en dessous de leurs compétences.
L’étude montre que les parcours professionnels des descendants d’immigrés s’accompagnent souvent d’expériences de discriminations. Celles-ci prennent différentes formes : propos stigmatisants, assignations à des postes subalternes, soupçons d’illégitimité, freins à la carrière… Les femmes subissent souvent un cumul de discriminations liées au sexe et à l’origine, tandis que certains hommes dénoncent le manque de diversité aux plus hauts niveaux de hiérarchie au sein des entreprises. Face à ces situations, certains choisissent de changer d’emploi ou de se mettre à leur compte.
L’étude souligne l’importance de renforcer les actions de sensibilisation et de formation aux discriminations, dès l’école et tout au long des parcours de formation et de la vie professionnelle.