Éclairages - Protection des jeunes majeurs : disparités territoriales et inégalités
13 janvier 2026
Cette publication constitue une synthèse de la recherche intitulée « Les territoires de la protection des jeunes majeurs : disparités et inégalités » soutenue par le Défenseur des droits et l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, menée par Gaël HENAFF, Laura MEIGNEN, Émilie POTIN (coord.), de l’Université Rennes 2 (Iris), Lila LE TRIVIDIC HARRACHE de l’Université de Bretagne Occidentale (LABERS) et Virginie MUNIGLIA de l’École des Hautes Études en Santé Publique (Arènes).
Les mineurs émancipés, les majeurs de moins de 21 ans sortant de l’ASE et plus largement les majeurs de moins de 21 ans sans « ressources ou soutien familial suffisants » peuvent bénéficier des mesures d’accompagnement « jeunes majeurs ». Ces dispositifs de protection sont prévus par un cadre légal et règlementaire national et mis en œuvre par les départements.
L’étude interroge l’existence de disparités territoriales et d’inégalités dans la prise en charge entre les jeunes.
Elle repose sur une enquête qualitative menée dans trois départements aux niveaux de prise en charge contrastés.
L’étude met en évidence un paradoxe persistant : alors que le cadre législatif national affirme la nécessité d’éviter les « sorties sèches » de l’aide sociale à l’enfance (ASE), les pratiques départementales continuent de produire des inégalités marquées : derrière une apparente homogénéité des discours et des procédures, les conditions d’accès aux mesures « jeunes majeurs » varient fortement selon les territoires, renforçant des écarts déjà présents dans les parcours des jeunes. Cette contractualisation s’inscrit dans une logique d’activation valorisant l’autonomie, l’engagement dans un projet d’insertion et la conformité aux attentes institutionnelles. Elle favorise ainsi les jeunes dont les trajectoires sont lisibles — formation professionnelle, insertion stable, reconnaissance de handicap — et fragilise ceux dont les parcours sont plus heurtés ou moins normés.
L’étude met également en lumière une inégalité structurelle majeure : la séparation systématique entre jeunes français et jeunes étrangers. Ces derniers sont orientés vers des procédures et dispositifs spécifiques, moins dotés financièrement, plus collectifs et moins diversifiés. Cette dualisation, commune aux trois départements, crée une inégalité d’accès aux ressources et aux conditions d’accompagnement, indépendamment des besoins individuels.
Par ailleurs, les départements se distinguent par leurs conceptions de l’accompagnement : les temporalités et les logiques d’intervention varient sensiblement, certains départements privilégient une logique stabilisatrice, d’autres une approche plus conditionnelle, centrée sur la sortie rapide du dispositif.
Alors même que les dispositifs d’accompagnement des jeunes majeurs visent à sécuriser leur transition vers l’autonomie, de nombreux jeunes quittent ainsi la protection de l’enfance dans des conditions de grande instabilité. Les sorties précoces de l’accompagnement, qu’elles soient choisies ou subies, révèlent les limites d’un système fondé sur l’adhésion, la conformité aux normes d’autonomie, et des temporalités souvent déconnectées des besoins réels.
L’étude invite ainsi à repenser les conditions d’accès, les temporalités et les logiques d’intervention pour mieux répondre aux besoins réels des jeunes, en particulier les plus vulnérables.