Après la détention : quels parcours pour les jeunes ?

07 juillet 2026

Le 7 juillet 2026, le Défenseur des droits publie une étude consacrée aux trajectoires des jeunes ayant connu, mineurs, une ou plusieurs incarcérations. Cette recherche analyse la sortie de détention comme une période décisive du passage à l'âge adulte. Elle met en évidence la manière dont les inégalités sociales, les ruptures familiales, les contraintes judiciaires et les ressources institutionnelles influencent les conditions de cette sortie, période charnière dans les parcours de ces jeunes.

Cette étude intitulée « Les sorties de prison des mineurs. Contraintes, ressources et aspirations des jeunes après le passage par la détention », a été conduite par Manon Veaudor (Université de Haute Alsace, SAGE), Arthur Vuattoux (Université Sorbonne Paris Nord, IRIS), Guillaume Teillet (Université de Nantes, CENS) et Adrien Maret (École des hautes études en sciences sociales, IRIS) et soutenue par le Défenseur des droits, la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) et l’Institut Robert Badinter (IRB).

Au 1er février 2026, selon le ministère de la justice, 781 mineurs étaient incarcérés dans un établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) ou dans un quartier pour mineurs (QM). Parmi eux, 60 % étaient en détention provisoire, 97 % étaient des garçons et près de neuf sur dix avaient entre 16 et 18 ans. La durée médiane d'incarcération des mineurs sortis de prison en 2023 était de 1,5 mois.

Une étude inédite pour mieux comprendre les parcours après la détention

Cette recherche répond à un manque important de connaissances sur le devenir des jeunes après leur sortie de prison alors que la majorité des travaux s’intéressent aux conditions de détention, aux parcours qui conduisent à l'incarcération ou encore aux phénomènes de récidive.

Elle repose sur l'analyse de matériaux issus de cinq enquêtes menées entre 2014 et 2025 auprès de jeunes en détention, de proches de mineurs détenus, et de professionnels de la justice et du travail social.

Des parcours marqués par des inégalités avant même la prison

Les jeunes rencontrés dans le cadre de cette recherche sont, pour la plupart, issus de milieux populaires et confrontés à de nombreuses difficultés bien avant leur incarcération.

Leurs parcours sont fréquemment marqués par la précarité, des ruptures familiales, une instabilité résidentielle, un éloignement progressif de l'école ou encore des interventions répétées des institutions de protection de l'enfance et de la justice.

Beaucoup ont également grandi dans des familles confrontées à d'importantes difficultés sociales et économiques.

Ces jeunes cumulent ainsi des facteurs de vulnérabilité avant même leur entrée en détention. La prison n'apparaît donc pas comme un événement isolé, mais comme une rupture supplémentaire dans des trajectoires déjà fragilisées.

Une liberté qui reste sous contrainte

L'un des principaux enseignements de l'étude réside dans le fait que la sortie de prison ne marque presque jamais un retour à une pleine liberté. Il s’agit pour la plupart des jeunes de sorties « sous contrôle », assorties de diverses interdictions et obligations (suivi médical, obligation d'insertion, interdiction de fréquenter certaines personnes, …) dont le non-respect peut entrainer une réincarcération.

La sortie de détention apparaît ainsi comme une période où les contraintes changent de forme plus qu'elles ne disparaissent.

Une prison qui renforce les ruptures

Chez des personnes dont le parcours de vie est déjà marqué par la précarité et l’instabilité, l’enquête montre que la prison aggrave les ruptures.

La détention interrompt des parcours scolaires ou professionnels, éloigne certains jeunes de leurs proches, fragilise leurs ressources économiques et complique davantage leur accès à l'autonomie. Elle s'accompagne également d'une stigmatisation qui perdure après la sortie et peut rendre plus difficile l'accès à l'emploi, à la formation ou à un logement.

Au fil du temps, ces ruptures s'accumulent et rendent la construction d'un projet d'avenir plus incertaine.

L’étude comprend des témoignages tels que celui de Wassime, qui illustre combien des ruptures successives peuvent compromettre des dynamiques d’insertion pourtant engagées.

La famille : un soutien essentiel... mais parfois absent

Si la détention s’accompagne d’un délitement des relations avec l’extérieur, en particulier amicales ou amoureuses, la famille reste souvent le principal soutien des jeunes. Les mères jouent à ce titre, très souvent, un rôle central dans cet accompagnement.

Les visites au parloir, les appels téléphoniques, les courriers ou encore les mandats envoyés par les proches permettent de maintenir un lien affectif et d'améliorer les conditions de vie en prison.

Mais tous les jeunes ne bénéficient pas de ce soutien. Lorsque les liens familiaux sont déjà rompus ou fragilisés avant l'incarcération, la sortie de prison peut devenir encore plus difficile.

La famille apparaît ainsi comme une ressource essentielle dans certaines situations ou comme un facteur supplémentaire de fragilité dans d’autres.

À la sortie de prison, des ressources fragiles et pas toujours accessibles 

Les ressources dont les jeunes disposent à leur sortie de prison sont limitées et inégalement réparties. Elles dépendent de leur parcours antérieur, de leurs ressources financières (épargne, aides sociales,  revenus issus d'activités formelles ou informelles) ou de soutiens apportés par leur entourage familial, amoureux ou amical, ainsi que, pour certains, par les professionnels qui les accompagnaient avant leur incarcération.

Ces ressources restent toutefois fragiles et sont souvent mises à mal par les placements, les transferts et les déplacements imposés par les procédures judiciaires.

Les résultats montrent également que la complémentarité entre la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et l'Aide sociale à l'enfance (ASE) peut constituer un levier important pour favoriser l'accès à un hébergement, à un contrat jeune majeur, à une formation ou encore à des soins. 

Préparer la sortie : un manque de moyens soulignés par les institutions

Préparer une sortie de détention ne consiste pas uniquement à organiser la fin d'une peine. Cela suppose de construire progressivement un projet de vie, de mobiliser les acteurs de l'insertion, de la santé, du logement ou encore de la formation, et d'accompagner les jeunes dans leurs démarches administratives et sociales. 

Or, les réponses institutionnelles en matière d’accompagnement des jeunes avant et après la détention sont souvent décrites par les professionnels comme insuffisantes ou inadaptées, en raison du manque de temps, d’articulation et de moyens disponibles pour l’accueil, le soin ou l’hébergement des jeunes sortants. 

Les dispositifs d’insertion pensés pour les jeunes en difficulté ne semblent pas toujours adaptés à des jeunes sortant de prison, encore suivis dans des dispositifs pénaux.

Les professionnels interrogés soulignent également que les évolutions récentes de la justice pénale des mineurs et l'accélération des procédures laissent parfois moins de temps au travail éducatif.

Changer de regard sur la sortie de prison

Selon les chercheurs, « cette étude invite à approfondir les conditions d’un devenir adulte après une ou des détentions précoces, en tenant compte des besoins pluriels des jeunes, des inégalités de conditions de vie initiales dans leurs familles, et des effets du passage par de multiples institutions ».

Mieux préparer les sorties de détention, c'est favoriser l'accès aux droits et donner à ces jeunes les moyens de construire durablement leur place dans la société.

Cette étude sera prochainement complétée par une seconde recherche soutenue par le Défenseur des droits, l’Institut Badinter et la DPJJ  et conduite par l'Institut des politiques publiques (IPP). Fondée sur la constitution d’une base de données inédite à partir de données des ministères de la justice, de l'éducation nationale et du travail, cette recherche analysera les trajectoires judiciaires, scolaires et professionnelles de près de 12 500 jeunes ayant connus au moins un épisode d'incarcération, suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse entre 2018 et mi-2024, afin de mesurer l’impact de ces épisodes de détention sur leur parcours de vie.

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