Une justice à hauteur d’enfant : présentation du Rapport annuel 2025
22 décembre 2025
« Tu vois, moi j’suis mineur, j’comprends pas, c’est comme un leurre. Infractions, prison, punitions, illustrations, manifestations… La justice et l’injustice sont des notions XXL. »
C’est par ces mots, issus d’une chanson écrite et interprétée par des jeunes accompagnés par l’association Acodège, que s’est ouverte la présentation du Rapport annuel 2025 consacré aux droits des enfants le mercredi 19 novembre.
À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, le Défenseur des droits a publié et présenté le rapport de cette année consacré au droit des enfants à une justice adaptée. L’évènement a réuni de nombreux experts, professionnels, magistrats, chercheurs… mais aussi, et surtout, des enfants et adolescents, venus partager leurs constats, leurs expériences et leurs propositions. Une diversité de regards qui a nourri des échanges riches et concrets autour des enjeux de la justice des mineurs.
En ouverture, la Défenseure des droits a rappelé qu’« un enfant ne peut pas être traité comme un adulte », soulignant l’importance de préserver les principes fondateurs de la justice des mineurs, centrés sur l’éducation, la protection et la prévention. L’objectif du rapport : apaiser les débats sur la délinquance juvénile et alerter sur les atteintes aux droits des enfants tout au long de leur parcours judiciaire.
La première table ronde a mis en lumière les enjeux de prévention, de protection et d’accompagnement des enfants en situation de vulnérabilité. Les élèves du collège Saint-Exupéry de Mulhouse (qui ont participé à la consultation grâce à l’engagement de professionnels de l’établissement et de l’association Thémis) ont livré un éclairage précieux sur leur quotidien : conflits avec les règles, situations d’exclusion, manque de lieux d’écoute. Leurs propositions ont rappelé l’importance d’avoir davantage d’adultes vers qui se tourner, et de développer des espaces d’accueil et de soutien. Ils nous ont rappelé, avec des mots forts, que « Punir un enfant sans chercher à comprendre les causes de son comportement, s’est échouer à lui offrir un avenir meilleur. ». Les intervenants – pédopsychiatre, sociologue, historienne de l’enfance – ont également insisté sur le développement cérébral des enfants et la construction par étape de leur discernement, l’impact des conditions sociales sur les trajectoires judiciaires des jeunes et le regard porté par la société sur ces jeunes, plus sévère et moins tolérant aujourd’hui qu’hier, sans lien avec l’évolution de la délinquance.
Les échanges se sont poursuivis avec Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, interrogée par Éric Delemar, adjoint de la Défenseure des droits, Défenseur des enfants, et Prune, jeune membre du Conseil local de la jeunesse du Grand Montauban. La discussion a porté sur les besoins des enfants en situation de vulnérabilité, les leviers pour améliorer leur connaissance de leurs droits, mais aussi sur le rôle essentiel de la vie culturelle et sportive dans la construction et la protection des jeunes.
La seconde table ronde, consacrée au respect des droits des enfants tout au long du parcours pénal, a permis de faire dialoguer la responsable du pôle droits de l’enfant du Défenseur des droits - par ailleurs juge des enfants -, une avocate, le directeur de la Protection judiciaire de la jeunesse et le directeur adjoint de l’administration pénitentiaire. Introduite par une vidéo réalisée par des jeunes du Conseil local de la jeunesse du Grand Montauban, elle a illustré la complexité des parcours et les difficultés persistantes : garanties parfois inappliquées, décalage entre le temps de la justice et le temps de l’enfant, manque de continuité dans les prises en charge, non-respect des droits en détention. Les intervenants ont souligné la nécessité de renforcer l’accompagnement éducatif et de garantir un accès effectif aux droits fondamentaux à chaque étape.
Le moment fort de l’après-midi est sans doute venu des enfants eux-mêmes, qui ont livré leur vision d’une justice « plus juste et plus humaine ». Ils ont appelé à renforcer la prévention dès le collège, améliorer les conditions de détention tout en préservant davantage les liens familiaux, et soutenir la réussite scolaire et professionnelle des jeunes pour garantir un véritable droit à la réinsertion et à la reconstruction.
Les enfants les plus jeunes ont pu profiter d’animations qui leur étaient spécialement dédiées sur leur droit à une justice adaptée, grâce aux jeunes ambassadeurs des droits.
En clôture, la Défenseure des droits a réaffirmé la nécessité de redonner toute sa place à une justice éducative, protectrice et humaine. Les participants ont ensuite pu découvrir une sélection de contributions issues de la consultation nationale des enfants, exposées à l’issue de l’événement.