Rapport - La lutte contre la fraude aux prestations sociales à l'ère de son industrialisation
23 avril 2026
La lutte contre la fraude en matière de protection sociale est un objectif à valeur constitutionnelle et répond à l’exigence du bon usage des deniers publics (article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen) mais également à l’objectif à valeur constitutionnelle d’équilibre financier de la sécurité sociale.
L’intensification des contrôles et le recours à de nouvelles technologies font émerger de nouveaux risques d’atteintes aux droits des usagers, conduisant le Défenseur des droits, presque dix ans après son premier rapport, à en produire une nouvelle analyse au moment précisément où cette évolution dans les contrôles paraît encore appelée à s’amplifier.
Depuis près de 10 ans, les pratiques de contrôle ont profondément évolué. Elles se sont intensifiées, automatisées et s'appuient désormais largement sur l’exploitation des données algorithmiques.
Ce rapport fait un état des lieux des risques qui pèsent sur les droits des usagers et présente les recommandations du Défenseur des droits pour que ce la lutte contre la fraude soit menée dans un cadre respectueux des droits des personnes concernées.
Les recommandations de la Défenseure des droits
Tout en soulignant les efforts déployés par les organismes pour remédier aux problèmes constatés, la Défenseure des droits recommande, pour que les droits des usagers soient respectés dans un contexte de lutte contre la fraude intensive, de :
- Renforcer significativement l’information des usagers à tous les niveaux : avant, pendant et après les contrôles ainsi que sur leurs suites, notamment en cas d’accusation de fraude, qu’elle soit claire, accessible et transparente sur l’usage des algorithmes et que le respect des garanties juridiques soit effectif.
- Encadrer le recours aux algorithmes afin de prévenir les discriminations et le surcontrôle de certains publics, notamment les plus précaires
- en mettant en œuvre une démarche de transparence du modèle algorithmique et des analyses réalisées;
- en réalisant systématiquement une analyse d’impact sur la protection des données (AIPD) préalable, interrogeant notamment les risques de discrimination ;
- En analysant et en justifiant rigoureusement les choix opérés au regard de l’objectif déterminé et du processus de sélection des données d’entraînement, des variables et de leur pondération ;
- en réalisant régulièrement des évaluations afin d’identifier les usagers ciblés et surreprésentés, les mesures des effets éventuellement discriminatoires et le cas échéant, en évaluant l’ampleur des contrôles répétés.
- Harmoniser et clarifier les règles applicables pour les organismes afin de qualifier correctement la fraude
Une meilleure définition des critères de fraude, articulée avec le droit à l’erreur, est indispensable pour garantir une application juste et proportionnée des sanctions.
La Défenseure des droits recommande ainsi de prendre des mesures d’harmonisation et de clarification des règles applicables aux organismes sociaux. - Assurer la préservation de moyens convenables d’existence
Enfin, la Défenseure des droits insiste sur la nécessité de préserver, en toutes circonstances, des moyens convenables d’existence pour les usagers et leur famille. Les modalités de récupération des indus ne doivent pas compromettre la capacité des personnes à subvenir à leurs besoins essentiels.
Fraude sociale : de quoi parle-t-on ?
La distinction entre la fraude aux prestations sociales, la fraude aux cotisations sociales et la fraude fiscale :
- Fraude fiscale : déclaration ou manœuvre réalisée de mauvaise foi dans le but d’échapper à l’impôt. L’auteur d’une fraude fiscale peut se voir appliquer des sanctions fiscales et pénales.
- Fraude aux cotisations sociales : irrégularité commise intentionnellement par l’employeur (cotisant pour les salariés) ou par les travailleurs indépendants afin d’éluder les cotisations sociales et les contributions fiscales afférentes au travail.
- Fraude aux prestations sociales : déclaration ou manœuvre réalisée de mauvaise foi dans le but d’obtenir des prestations indues de la part des organismes de protection sociale.
Ce rapport est consacré à cette troisième catégorie.
Quels montants ?
Le Haut conseil du financement de la protection Sociale (HCFiPS) estime la fraude sociale (incluant la fraude aux prestations sociales et la fraude aux cotisations sociales) à 14 milliards d’euros en 2025.
À titre de comparaison, la fraude fiscale est évaluée quant à elle entre 80 et 120 milliards d’euros.
Dans sa précédente évaluation, en 2024, le HCFiPS aboutissait à un chiffrage de 13 milliards d’euros, ce qui semble traduire une tendance stable. La répartition entre les différents organismes était la suivante :
- Urssaf : 6,91 Mds €,
- Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) : 3,87 Mds €,
- Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) : 1,71 Mds,
- France Travail (FT) : 0,11 Mds €,
- Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA) : 0,34 Mds €,
- Caisse nationale de l’Assurance retraite (Cnav) : 0,04 Mds