Communiqué de presse

Harcèlement, traitement inégalitaire et discriminations à l’école : Un parent sur trois déclare que son enfant en a été victime

07 mai 2026

Le Défenseur des droits publie ce jour le quatrième volet de sa grande Enquête Accès aux droits, consacré aux atteintes aux droits des enfants dans le milieu scolaire, de l’école primaire au lycée. S’appuyant sur les réponses de près de 1 700 parents, l’enquête se concentre sur la manière dont ils perçoivent ces atteintes subies par leurs enfants, mais aussi les recours engagés, en cas de harcèlement, cyberharcèlement entre élèves et de traitement inégalitaire et de discriminations par l’institution scolaire.

La promesse d’égalité de l’Ecole face aux atteintes aux droits 

Cette enquête, inédite du fait que ce sont les parents qui s’expriment et non les enfants, révèle que plus d’un tiers des parents, soit 35%, déclarent qu’au moins un de leurs enfants à fait l’objet de harcèlement à l’école par d’autres élèves. Par ailleurs, un parent sur six (16 % des parents d’enfants âgés de 11 à 18 ans) déclare qu’au moins un de ses enfants a été cyberharcelé

L'École est par ailleurs porteuse d’une promesse d’égalité entre tous les enfants, qui se trouve fragilisée par les différences de traitement rapportées : 1 parent sur 3 (32%) estime qu’au moins l’un de ses enfants a fait l'objet de traitements inégalitaires : notation, orientation, sanctions, façon de parler des enseignants. Les parents déclarent que cette différence de traitement est dû à l’état de santé ou la situation de handicap de leur enfant (cité par 32 % des parents), à son origine ou sa couleur de peau (25 %), à son apparence physique (par 25 % d’entre eux), ou encore à son milieu social (21 %). 

Ces évènements sont rarement isolés et se cumulent trop souvent :  81 % des parents déclarant que leur enfant a subi du cyberharcèlement déclarent qu’il a également fait l’objet de harcèlement. Et 72% d’entre eux rapportent plusieurs formes de différences de traitement par l’École. L'enquête révèle un continuum d’atteintes aux droits préoccupant : l'enfant traité différemment par l'institution scolaire a bien plus de risques de subir du harcèlement par ses pairs et inversement : 57 % des parents déclarant que leur enfant a subi des différences de traitement de la part de l’École déclarent qu’il a également fait l’objet de harcèlement. 

Ce cumul d’atteintes aux droits n'est pas sans conséquences pour le quotidien de l’enfant concerné : estime de soi entamée, isolement, difficultés scolaires, etc. Il peut aussi être synonyme de parcours de vie fragilisé car les atteintes répétées augmentent les risques de décrochage scolaire et d'exclusion et contribuent à renforcer la vulnérabilité de ces enfants. 

Les réactions des parents face aux atteintes aux droits subies par leur enfant

En cas de traitement inégalitaire par l’École, la principale réaction des parents est d’en parler avec leur enfant (pour 92 % d’entre eux) ou leurs proches (73 %). La démarche la plus fréquente pour faire reconnaître la différence de traitement est de contacter l’établissement (dans 71 % des cas) - l’enquête Accès aux droits de 2016 avait d’ailleurs déjà souligné le rôle central des responsables de l’établissement scolaire, premier recours choisi par les témoins de situations d’atteinte aux droits de l’enfant, quelle que soit l’atteinte constatée (à l’exception des situations de maltraitance psychologique). Dans les cas de harcèlement ou de cyberharcèlement les démarches engagées sont moins fréquentes de (53% en parlent à leur enfant et seulement 41 % contactent l’établissement). 

L’enquête montre également que les parents rapportant avoir fait l’objet de discrimination déclarent deux fois plus fréquemment qu’au moins un de leurs enfants a été victime de traitements inégalitaires de la part de l’institution scolaire (47 % contre 24 % pour ceux ne déclarant pas avoir fait l’objet de discriminations).

Ces résultats peuvent s’expliquer par une sensibilité accrue aux discriminations du fait de leur propre expérience mais aussi par une reproduction des discriminations d’une génération à l’autre. Ils citent d’ailleurs davantage que les autres parents les critères de l’origine, de la couleur de peau, du milieu social ou de l’apparence physique, caractéristiques qu’ils partagent avec leurs enfants. 

Cette expérience peut aussi se transformer en moteur d’actions : ces parents agissent davantage que les autres en cas d’atteintes aux droits de leurs enfants - et font même plus de démarches pour leurs enfants qu'ils n'en font pour eux-mêmes. 

Les recommandations de la Défenseure des droits

80 % de l’ensemble des répondants à l’enquête, qu’ils soient parents ou non (5030 personnes), estiment que des discriminations ont lieu « parfois » ou « souvent » à l’école et à l’université. Un chiffre alarmant au regard de la place de l’École comme levier de réussite dans le système français. L’institution scolaire occupant une place centrale dans les trajectoires des enfants et des adolescents, les parents attendent qu’elle soit exemplaire, protectrice et respectueuse des droits de l’enfant.

La protection des enfants et de leurs droits doit être une priorité du service public de l'Éducation. Cela doit se traduire par une volonté politique forte qui place l’intérêt supérieur de l’enfant comme considération primordiale et prioritaire à toute autre et qui garantit des moyens de prévention et de lutte contre toute forme de violences et d’inégalités de traitement. Afin d’agir concrètement contre le harcèlement sous toutes ces formes et les inégalités de traitement qui peuvent conduire à des situations de discriminations, toutes les parties prenantes - l’institution scolaire, les parents et les enfants - doivent être impliquées :

  • L’institution scolaire doit pouvoir identifier les atteintes aux droits de l’enfant, les quantifier, assurer la formation de tous les professionnels et informer sur les actions entreprises et leurs effets.
  • Les parents doivent être sensibilisés et informés sur les droits de leurs enfants, encore trop méconnus, les démarches et les recours existant leur permettrait de rétablir leurs enfants dans leurs droits.
  • Enfin, les enfants doivent pouvoir s’exprimer sur la situation qu’ils vivent au sein d’espaces de dialogue dédiés, adaptés à leur âge, et où leur parole est non seulement recueillie mais véritablement entendue et prise en compte. 

Une enquête à la méthodologie rigoureuse 

Réalisée par Ipsos entre octobre 2024 et janvier 2025, l’enquête a été réalisée auprès de plus de 5000 personnes âgées de 18 à 79 ans, vivant en France métropolitaine. Elle croise les expériences selon l’âge, le genre, l’origine perçue, la situation sociale ou le lieu de résidence. L’enquête a été élaborée avec l’appui d’un comité scientifique. Pour ce volet, seuls les parents ayant au moins un enfant âgé de 6 à 23 ans, sur les cinq dernières années, ont été interrogés, soit 1692 personnes. Sur le sujet du harcèlement, seuls les parents ayant des enfants âgés de 11 à 18 ans ont été interrogés. Ce volet paraît, après ceux consacrés aux relations police/population, aux relations des usagers avec les services publics, et aux discriminations dans l’emploi. Une première enquête sur la place et la défense des droits de l’enfant en France avait été conduite en 2016.