Le Prix de thèse du Défenseur des droits

Evènement : remise du prix de thèse 2015

Le mardi 8 décembre 2015, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, remettra pour la première fois, le Prix de thèse de l’Institution.

Le prix récompensera les travaux de M. Grégory Giraudo-Baujeu, auteur d'une thèse intitulée « Travail et racisme. Carrières d’intérimaires d’origine magrébine et africaine et épreuves de la discrimination »

Biographie de Grégory GIRAUDO-BAUJEU

Grégory Giraudo-Baujeu est docteur en sociologie au sein du laboratoire Triangle – UMR 5206, ENS de Lyon.
Il a soutenu sa thèse en 2014 intitulée, « Travail et racisme. Carrières d’intérimaires d’origine maghrébine et africaine et épreuves de la discriminations », sous la direction de Laurence Roulleau-Berger, directrice de recherches au CNRS.
Ses axes de recherche se situent au carrefour de plusieurs questions : le racisme et les discriminations, les inégalités, le genre, les marchés du travail et la précarité de l’emploi.
Il a été ATER au sein de la Faculté de Sociologie et Anthropologie de l’Université Lumière Lyon 2 de 2007 à 2009 et a également participé à différents programmes de recherche s’intéressant aux discriminations ethniques et de genre dans l’emploi des jeunes d’origine étrangère et des populations en migration. Membre du bureau du réseau thématique « Migrations, altérité et internationalisation » de l’Association Française de Sociologie, et du Laboratoire International Associé sino-français de l’INSHS/CNRS, Grégory Giraudo-Baujeu a notamment publié :

  • « Discrimination silencieuse, racisme flottant et gestion de l’indicible dans le travail intérimaire », in Hommes et Migrations, 2007 ;
  • « Une entreprise de travail temporaire en lutte contre les discriminations. De la position publique et institutionnelle à la réalité du terrain », in Barth I., Falcoz C., (dir.), Nouvelles perspectives en management de la diversité. Egalité, discrimination et diversité dans l’emploi, Paris, Ed. PMS, 2010 ;
  • « Recueillir, reconnaître et gérer la parole discriminée », in Roulleau-Berger L., (dir.), Sociologies et cosmopolitisme méthodologique, Ed. PUM, 2012.

Résumé de la thèse

Cette thèse de sociologie avait pour objet de comprendre comment pouvaient se construire et s’exprimer le racisme et les discriminations dans le travail et l’emploi en France, à travers l’analyse d’insertions professionnelles d’hommes et femmes originaires des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne dans le travail intérimaire. Ce travail s’est appuyé sur un dispositif méthodologique associant méthodes qualitatives (observations, entretiens avec les agences, les entreprises-clientes et les salarié-e-s intérimaires) et méthodes quantitatives (cadrage statistique de la population intérimaire et enquête par questionnaires). Les conditions de faisabilité ont été assurées par l’obtention d’une bourse CIFRE durant trois années au sein de l’entreprise de travail temporaire IVILA.

Notre ambition était en effet de nous intéresser tout autant à l’accès à l’emploi qu’à l’exercice de l’activité professionnelle. En portant notre intérêt sur les interactions et relations entre chaque acteur de l’intérim (salarié-e-s intérimaires, agences d’intérim, entreprises-clientes, salarié-e-s des entreprises-clientes), nous avons pu observer comment les processus discriminatoires pouvaient se construire, se co-construire, s’intensifier mais également s’amoindrir, voire s’effacer. Si chaque relation mise en exergue par le travail intérimaire mérite d’être observée, il convient également de penser les liens entre les acteurs engagés dans ces relations, qu’ils soient qualifiables d’entente, de confiance, de doute, de suspicion ou d’influence. La discrimination peut alors se dessiner selon des formes actives ou passives dans certains cas, apparaître comme co-produite, voire systémique dans d’autres, ou être plus ou moins réfutée, selon des logiques de négociation, de refus ou de volontarisme. Ces mécanismes de construction de la discrimination réversibles et dynamiques sont enfin à observer selon d’autres variables non négligeables comme les secteurs d’activités concernés, ou encore l’hétérogénéité de la population intérimaire selon l’âge, le genre, l’origine ethnique, le niveau de qualifications ou encore l’ancienneté dans l’intérim.

Cette thèse a également permis de souligner la diversité des modes et formes d’expression des discriminations. Nous sommes face à un panel important, entre des discours déclarés et sans équivoque, des sous-entendus et présupposés, des allusions et autres codes de langage, rendant compte de formes de racisme flagrantes et plus ou moins voilées. Cette diversité traduit ce que nous nommons les façons de parler le racisme. Mais se manifestent également des modes d’expression plus brouillés, plus opaques, plus silencieux. C’est dans ce sens que nous parlons de formes de racisme flottantes, qui se développent au sein d’ambiances de travail particulières et spécifiques. On passe ainsi du discours déclaré aux allusions, des allusions au silence. Le racisme flottant démontre bien l’hétérogénéité des formes d’expression mais également et surtout leur évolution, notamment quant à l’émergence d’espaces publics et institutionnels de lutte contre les discriminations.

C’est dans ce sens que l’engagement de l’entreprise de travail temporaire IVILA dans un programme de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité – le projet Pluriel - est apparu comme un élément important dans l’analyse de ce travail. Non seulement, nous avons pu noter comment les mesures prises dans le cadre de ce positionnement (sensibilisation et formation des permanents des agences, revisite des process de recrutement, gestion des demandes discriminantes de clients) étaient appliquées dans le réseau, mais aussi comment elles pouvaient être reçues, acceptées, critiquées, voire refusées dans certaines agences. Entre réussites et paradoxes, engagements humanistes et réalités économiques, le projet Pluriel s’est heurté non seulement aux liens entre les acteurs de l’intérim, mais également à l’hétérogénéité des formes d’expression du racisme et des discriminations.

La deuxième question que souhaitait soulever cette thèse, se dessinait dans l’analyse de l’expérience de la discrimination, dans la gestion objective et subjective de l’épreuve du racisme. Une épreuve qui se lit différemment en fonction de variables objectives et subjectives, telles que la fréquence des expériences de discrimination, l’ancienneté dans l’intérim, l’âge, le lieu d’habitation, le secteur d’activités mais également la combinaison fragile et réversible du genre et de l’origine ethnique. Nous avons ainsi pu donner à voir les différentes stratégies individuelles et collectives empruntées par les hommes et femmes face au racisme et aux discriminations, qu’elles s’inscrivent dans un « faire avec », comme l’esquive ou l’exil, ou un « faire face », tels que la lutte, la plainte ou l’engagement politique et associatif. Au-delà de la diversité de ces réactions, c’est également la question de la gestion subjective du statut de victime qui interpelle. L’épreuve du racisme, plus ou moins forte, plus ou moins directe, plus ou moins fréquente, peut laisser des traces et provoquer des bouleversements identitaires. On est alors face à une pluralité de manières de vivre ces expériences de stigmatisation et d’exclusion, mais également face à la mise en lumière de souffrances invisibilisées, de culpabilités secrètes, d’intériorisations d’identités négatives et de gestion de l’indicible. A l’image des formes d’expression du racisme qui empruntent des chemins sinueux et opaques, la gestion du statut de victime s’inscrit également dans le brouillage et le non-dit : c’est pourquoi nous parlons de discrimination silencieuse.

Evoquer cette discrimination silencieuse, c’est penser ensemble la construction et le vécu subjectif du racisme et des discriminations ; envisager de concert les liens entre les acteurs de l’intérim et le racisme en tant qu’épreuve ; analyser conjointement l’engagement d’IVILA dans la lutte contre les discriminations et les réactions et stratégies individuelles et collectives des victimes ; étudier simultanément l’hétérogénéité des mécanismes de construction de la discrimination et la diversité des modes d’expression du racisme ; c’est enfin observer parallèlement ce que nous appelons les façons de parler le racisme et les manières de vivre l’expérience raciste.

Le Prix de thèse du Défenseur des droits

Créé en 2014 à l'initiative du Défenseur des droits, le Prix de thèse est destiné à encourager et développer les recherches universitaires susceptibles d’intéresser les domaines de compétence de l’institution, quelle que soit la discipline des sciences humaines et sociales concernée.

Le Prix de thèse du Défenseur des droits distingue ainsi des travaux de recherche qui portent sur l’une de ses missions :

  • la défense et la promotion des droits des usagers des services publics ;
  • la défense et la promotion des droits de l'enfant ;
  • la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité ;
  • le respect de la déontologie par les personnes exerçant des activités de sécurité sur le territoire de la République.

Rédigés en français, publiés ou non, d'un auteur français ou étranger, ces travaux doivent avoir été achevés entre le 1er janvier et le 31 décembre 2014.

Sont pris en considération pour l'attribution du prix les seuls ouvrages qui constituent pour leurs auteurs l’une de leurs premières recherches ou l'un de leurs premiers travaux dans l’un des champs de compétence du Défenseur des droits.

Le prix est d'un montant de 10 000 euros.

La campagne de recueil des candidatures pour le Prix de thèse du Défenseur des droits est ouverte, la date limite de dépôt est fixée au 15 avril 2016.

Formulaire de candidature du prix de thèse
Conditions de candidature du prix de thèse
Règlement de candidature du prix de thèse